Quelques suggestions pour la recherche en économie 

 Conjoncture et décisions           Bernard Biedermann                                     http://www.Theoreco.com 

 Quelques suggestions pour la recherche en économie                                       Janvier 2026                                  

 bernard.biedermann@wanadoo.fr                                                                                                           

                         Quelques suggestions pour la recherche en économie 

Depuis quelques décennies, la recherche en économie s’est orientée en quasi-totalité vers la recherche empirique, essentiellement économétrique. La recherche théorique a été négligée, ce que l’on peut regretter dans la mesure où les économies actuelles subissent des changements importants par, la numérisation, le progrès technique, la mondialisation et les politiques économiques. Les théories classiques, néoclassiques, keynésiennes, libérales ou interventionnistes ont sans doute pris un bon coup de vieux. Ne faudrait-il revenir à la recherche fondamentale ?  Dans cet article, je propose quelques petites suggestions pouvant éventuellement créer des sujets de recherche.                         

                                                          Le travail est désormais un produit fabriqué

Gary Becker (Prix Nobel) avait considéré, que du point de vue de l’individu, l’éducation est un investissement et la valeur du travail dépend des coûts de formation et des gains anticipés. On devrait se projeter plus loin et considérer le travail comme un service résultant d’une production, intégrée dans un marché avec ses fournisseurs qui adaptent leurs offres aux demandes du marché avec plus ou moins d’efficacité compte tenu des durées de formation et des difficultés à anticiper les nouveaux métiers.  Le diplôme constitue une composante des caractéristiques du travailleur, énumérables comme celles d’un produit ou d’un service. On devrait également assimiler le travail à du capital dans la mesure où, compte tenu du temps et de son utilisation il subit des amortissements, nécessite des mises à jour et de l’entretien qui occasionnent des achats de prestations comme pour du capital machine pour améliorer son niveau de productivité. Il peut également devenir inadéquat voire inutile. Le travail est donc, en même temps du service et du capital. Par ailleurs, se pose alors la question de savoir qui doit le fabriquer, le public ou le privé ?  

                                                             Le capital intègre des services

Comme le facteur travail, la notion de capital a bien évolué. On n’est plus dans la configuration d’autrefois dans laquelle il n’y avait que des machines amortissables sur x années. De nos jours le capital est un système qui intègre des machines avec des services, des prestations de réseaux locaux ou distants, des logiciels de mise à jour, des formations, des logiciels de maintenance qui font l’objet de contrats de services dont les coûts ne sont pas forcément amortissables.  Ces contrats sont nécessaires pour le fonctionnement des machines qui par ailleurs font souvent soumises à une durée de vie limitée contractuelle. Avec le numérique et les robots, la théorie des rendements décroissants est fortement dépassée. Il faudra désormais s’attendre à des surprises dans les process de production : Imaginons par exemple qu’une usine située en France loue contractuellement ses robots tous les jours, de 18 heures à 8 heures, à une autre société dont les techniciens qui supervisent les robots sont localisés en Australie et que les produits fabriqués sont totalement différents des produits fabriqués par la société française. Tout cela doit nous conduire à revoir le concept de productivité.

                                      Les relations entre le capital et le travail et la production

De ce qui précède on ne peut plus retenir le principe de substitution et d’optimisation entre le capital et le travail. Entre le capital et le travail il y a maintenant des relations de complémentarités binaires et de dépendances techniques continues dans le temps. Par ailleurs, l’évolution de la productivité des facteurs sur le très long terme devrait être revue du fait que les produits et services fabriqués subissent des changements permanents. Est-ce que cela a un sens de comparer les productivités de production entre une voiture construite aujourd’hui et une voiture produite et il y a 30 sachant que le coût de la sécurité d’une voiture actuelle représente plus de 50% ce qui n’était pas la cas autrefois.

                                                                   Types d’investissements

Pour une meilleure analyse, il convient de bien faire la différence entre les objectifs des investissements de production :

  • Augmenter le capital dédié à la production des produits actuels
  • Investir dans un nouveau capital pour fabriquer des nouveaux produits innovants
  • Investir dans du capital pour améliorer la productivité

Les impacts macro-économiques sont différents selon ces choix (consommation, emploi, exportations, …).

                                                               Création monétaire par l’investissement

Dans le cadre d’une demande d’un prêt bancaire, l’entreprise doit préparer un dossier comprenant notamment le business plan qui comprend toutes les variables concernant le projet d’investissement : ventes futures, prix catalogues, chiffres d’affaires, coût d’amortissements, de prestations, de personnel, et bien sûr les marges anticipées. L’entreprise argumente pour bien vendre son projet au banquier qui décidera ou pas d’autoriser le prêt. Le banquier se doit de respecter des procédures internes très complètes qui comportent des éléments d’analyses pour bien mesurer la fiabilité et les risques du projet.  Il y a, entre autres, les prévisions macroéconomiques, à jour, en matière d’investissement.  Les décisions concernant les prêts bancaires dans le cadre de tout projet d’entreprise sont fonction des anticipations macroéconomiques. Les comportements micro-économiques sont donc en partie fonction d’une variable macro-économique, ce qui n’est pas vraiment conforme aux analyses économiques habituelles notamment pour ce qui concerne la création monétaire provoquée par les prêts bancaires. Le pourcentage des frais financiers dans les coûts de l’investissement sont relativement faibles et ne constituent donc pas une variable qui influence les décisions d’investir d’autant plus que les prix de vente sont déterminés dans le cadre d’une stratégie de marge. Le taux d’intérêt peut s’avérer être influant lorsque les décideurs suivent les perspectives de modification de la banque centrale en tant qu’elle anticipe les évolutions de la croissance du PIB. Le taux d’intérêt doit alors être considéré comme un signe concernant l’avenir en tant que variable importante de la décision d’investir ou pas d’autant plus que les prix de vente sont déterminés dans le cadre d’une stratégie de marge. Avec une élasticité très faible, la courbe IS perd de sa pertinence, d’autant plus que des études empiriques démontrent que la consommation globale n’est pratiquement pas influencée par les taux d’intérêt.

                                                        Incertitude : la procrastination est procrastinée

 Notre monde économique qui, se modifie de manière continue à cause de l’innovation, se caractérise par une mondialisation immense et complexe, subit les décisions politiques structurelles comme par exemple les décisions concernant le climat, ou l’interventionnisme étatique dans le commerce mondial : l’incertitude se développe. On constate néanmoins que dans beaucoup d’entreprises on a appris à gérer l’incertitude, à adopter des nouveaux comportements et à s’adapter aux phénomènes de surprises ; La procrastination keynésienne est procrastinée.

                                                 Stratégies marketing des entreprises

Dans l’article « Suggestion d’une nouvelle vision de théorie économique » Sur Theoreco, je suggère une autre vision de l’analyse qui tienne compte des comportements actuels des entreprises pour ce qui concerne les prix et les productions.  De nos jours, la plupart des entreprises déterminent les prix de vente de leurs produits et services et leurs niveaux de production dans le cadre d’une stratégie marketing. Ce n’est plus la logique de la loi de l’offre et de la demande qui déterminait les niveaux des prix et des ventes. Ce comportement des entreprises  est donc une source de stabilité au niveau macro-économique et l’approche probabiliste ne peut plus s’appliquer qu’aux futurs écarts potentiels entre les valeurs anticipées et les valeurs constatées : on s’éloigne de l’entropie.Dans un contexte de concurrence potentielle, les entreprises assument l’idée qu’il vaut mieux être le premier sur le marché car cela a souvent été l’origine de réussites. Dans ces conditions on accélère la vitesse du projet, ce qui se traduit par des coûts supplémentaires et donc un poids plus élevé. Une augmentation de la vitesse est conditionnée par une augmentation du poids (comme pour les engins spatiaux qui veulent se rapprocher de la vitesse de la lumière !). Ainsi les marchés potentiels sont atteints plus vite. Le temps est une composante des variables souvent difficile à assumer.  

Hypothèse de comportement

Parmi les hypothèses des théories économiques, le comportement de l’entreprise est considéré comme l’un des fondements basiques les plus importants. L’hypothèse est simple chez les néoclassiques (maximisation du profit) mais plus élaborée dans les analyses postkeynésiennes. Compte tenu des évolutions du fonctionnement des économies contemporaines, il convient de revoir l’hypothèse de comportement de l’entreprise. Les changements de fonctionnement de nos économies s’expliquent en partie par les techniques de gestion du marketing qui s’imposent depuis plus d’un demi-siècle. Les processus de décisions des entreprises actuelles sont bien différents de ceux qu’avait connu Keynes. Ils s’expliquent par le fait que la logique du marché s’est déplacé dans « la tête des entrepreneurs » surtout pour les produits et services caractérisés par des fonctionnalités complexes ce qui n’est pas le cas des matières premières, des fruits et légumes, de la bourse dont la logique de marché est programmée par des logiciels… Dans l’article. « Le marché de l’offre et de la demande a migré dans la tête des entrepreneurs », je développe ces nouvelles hypothèses :

https://theoreco.com/entreprise-microeconomie-marketing/le-marche-de-loffre-et-de-la-demande-a-migre-dans-la-tete-des-entrepreneurs-1246.html 

 

Cette suggestion d’une nouvelle hypothèse intègre trois comportements d’actions qui interagissent entre eux en permanence :

  • Les analyses des résultats par produit, du passé au présent
  • Une estimation pour chaque produit, de son marché potentiel positionné par rapport au marché macroéconomique
  • Les décisions concernant par produit, les niveaux des prix et des quantités à appliquer sur les périodes futures sur la base d’un business plan

 

                                Les analyses des résultats par produit, du passé au présent

Il s’agit bien sûr de résultats comptables comparés à ce qui avait été anticipé dans les périodes précédentes. L’analyse porte sur les écarts constatés en établissant des explications, plus ou moins fiables, sur les quantités, les prix après remises, les marges, les causes externes de type surprise. Ces analyses influencent les études concernant le marché potentiel de chaque produit ainsi que la construction et les mises à jour des business plan, notamment pour intégrer des marges d’erreurs qui augmentent avec les hausses des niveaux des objectifs de ventes.

                                       Une estimation par produit du marché potentiel

L’activité d’estimation s’établit suite à des discussions intégrant, incertitudes et/ou convictions, tailles des marges d’erreur et niveau de réussite des futurs objectifs commerciaux. Les chiffres retenus influencent évidemment les montants retenus dans le business plan.

 

  Décisions concernant les prix et les quantités à produire dans le cadre du business plan

C’est le document qui décrit la stratégie marketing par produit avec les catalogues de prix, les volumes de ventes, les règles commerciales à appliquer sur les périodes à venir. Ces décisions sont conformes au fait que le marché se situe alors dans la tête des dirigeants avec l’objectif de le contrôler. On n’est plus dans la logique néoclassique. Le niveau de goût du risque fait également l’objet de réflexions. Il y a une stratégie par produit qui s’inscrit dans une stratégie « des » produits. Par exemple, on peut envisager pour un produit un prix bas pour assurer son lancement sachant que sa marge faible sera compensée par d’autres produits configurés avec des prix élevés. « On sait plus simplement par l’observation que le prix a perdu sa propriété d’équilibrage et qu’il devient un instrument de financement de l’entreprise. » (L’économie keynésienne, Lucien Orio et Jean-José Quiles). La stratégie inclut également des comportements visant à réduire et à traiter l’incertitude. Ceci conduit à minimer le concept keynésien de convention selon lequel l’entreprise procède par essais et erreurs sans pouvoir savoir si elle adopte la meilleure solution. C’est également une méthode visant à se dégager de l’entropie tout en minimisant l’utilisation des probabilités.

                                                                             Impacts

Les déterminations des prix par l’entreprise contribuent fortement à la rigidité des prix, due à des décisions précises et moins à la lenteur des ajustements en période de sous-emploi et d’un contexte de concurrence imparfaite. Dans la logique keynésienne, la rigidité des prix est cohérente dans une économie en équilibre même en sous-emploi.  Dans la réalité, on constate qu’il n’y a pas de modifications de prix systématique, à la suite de résultats d’une période notamment en cas de résultats supérieurs à ce qui avait été prévu. Des résultats inférieurs aux anticipations, une première fois, se traduisent bien souvent par aucune modification et par le fait d’envisager des modifications si des résultats négatifs se reproduisent à nouveau. Par ailleurs, des modifications de prix sont souvent dues à des causes provenant de variables externes non probabilisables, car en effet de surprise. On ne peut plus envisager l’approche des anticipations rationnelles dans un contexte mondialisé dans lequel les interventions étatiques imprévisibles se développent de plus en plus.

Au niveau macroéconomique, le concept d’équilibre devrait également être révisé. Pour les entreprises, l’équilibre entre ce qui avait été anticipé et ce qui a été constaté ne peut être généralisé au niveau de l’équilibre du plein emploi global, même si toutes les entreprises sont dans cette situation. On retombe alors sur la théorie postkeynésienne selon laquelle une économie peut être en équilibre avec du sous-emploi et pas d’inflation.

On peut également constater que les décisions d’emploi se réalisent dans le cadre du business plan, c’est-à-dire en fonction des niveaux de production décidés et non pas en fonction de la demande effective conforme au principe de « l’effective demand » (demande efficace).

                                                                    Le temps économique

Par habitude et du fait des disponibilités des statistiques, les études économiques sont contraintes par des durées de temps (trimestres, années) alors que dans la réalité on est dans une logique éclatée. A un moment t, le niveau d’activité est fonction des décisions prises, un mois, un trimestre, un an, x années dans le passé et des décisions qui concernent les périodes futures. Ainsi le niveau d’activité en début de récession est encore fonction des décisions prises avant la prise de conscience d’une récession potentielle. La répartition entre le court terme, le moyen terme, et le long terme est alors discutable.       

 

                                                                 Mesurer les variables externes

Dans les modèles économétriques, par habitude, on ne tient pas compte des variables externes en précisant : toutes choses égales par ailleurs. Ce qui est bien compréhensible compte tenu de leurs probabilités dans le temps et des effets de surprises. Il n’en reste pas moins que l’on devrait réfléchir à une nouvelle méthode permettant de se faire une opinion sur l’importance des impacts potentiels et sur une évaluation même subjective de leurs probabilités…Par ailleurs on constate que les répartitions statistiques des variables selon la taille des entreprises sont de plus en plus inégales, comme par exemple les taux de marge.

                                                                                                             Bernard Biedermann   

                                                                                                             bernard.biedermann@wanadoo.fr                                                                                                                                                                

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