Equilibrisme d’après crise ( 2010 )

 

 

Le terme de configuration issu de l’informatique et des télécoms convient bien     aux possibilités de  scénario vers lesquels une  économie   peut, à un moment donné, s’orienter. Une configuration   est  définie par des données, des contraintes, des conditions, des curseurs, des  mécanismes et des algorithmes de réactions.

Les  attitudes des économistes, depuis le  début de la crise, ont d’abord été  spontanées puis  plus réfléchis. Dans l’urgence, il a d’abord  fallu sauver les économies d’une catastrophe systémique  par les outils habituels de  la politique économique. Les adeptes du « plus jamais çà » ont réagi de manière  simple : il  fallait  désormais contrôler  et réguler les banques pour les empêcher  de reproduire  des systèmes financiers fondés sur de la  titrisation et des actifs  toxiques. Ensuite, et avec un peu plus de recul, on a regretté,  l’absence d’une politique  de revenu qui aurait atténué les inégalités. On a aussi mis en évidence   le manque d’informations relatives au niveau  et aux risques  des crédits et plus généralement à l’observation des bulles.  Enfin, les « équilibristes », (équilibristes parce que les marges de manœuvres   conduisant aux   conditions d’équilibre   n’ont jamais été aussi étroites),  se sont engagés dans des recommandations souvent utopiques,  au niveau mondial et sur le long terme.

Les écrits traitants de  l’après crise sont  aujourd’hui encore   moins nombreux  que ceux qui visent  à en  expliquer les causes. Concernant la durée de la crise ou plus précisément le temps de croissance faible qui nous sépare d’une  conjoncture ou le chômage  aura retrouvé un niveau d’environ 5 %  les avis  divergent  mais tendent  de plus en plus à envisager  une  période longue : Jacques Attali : deux  à cinq  ans,  Nicolas Baverez , Stiglitz : une  ou deux  décennies .  Le profil  de  la reprise se décline  en V, en W, en tôle ondulée  ou  en racine carrée.

En fait  la plupart des économistes raisonnent   comme si la structure de la  demande allait rester  inchangée avec  les   contraintes : dettes  publics  et privées, pyramides des ages et structure des revenus qui, toutes trois  relèvent du long terme.

                                        L’imagination des équilibristes

Le déclin relatif de la part des salaires dans la valeur ajouté,  notamment aux Etats-Unis a pu conduire certains à des recommandations de type « keynésienne ». Mais la configuration des économies entre elles  imposerait que tous les pays dont la part des salaires dans leur PIB est jugée insuffisante agissent en même temps et dans le même sens.  Malheureusement  la situation actuelle est telle que  chaque   pays  exportateur souhaite  que tous les autres et non pas lui même,  augmentent leur pouvoir d’achat et donc leurs importations car  les hausses de salaires souhaitées, sont possibles dans les secteurs à l’abri de la concurrence internationale mais difficiles à envisager dans les entreprises exposés.

Dans le domaine monétaire, le gouvernement chinois s’efforce, dit-on, de sous évaluer le Yuan au grand regret de l’administration américaine  en lutte avec  ses déficits. Cette  situation est comparable   à  certains  pays occidentaux  comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, (les PIGS )  pour lesquels une dévaluation de l’Euro  serait la bienvenue.

Les espoirs  d’une  nouvelle  demande liée au  développement de produits et services conformes aux recommandations de la protection de l’environnement   sont   aujourd’hui  perçus   comme un investissement ; Ce qui implique la réalisation de  coût, d’amortissement, de  prévisions et  d’ hypothèses de   risques, comme dans  n’importe   quel  investissement. La question est alors de savoir si ce  type de d’investissement  peut avoir un  effet réel   en période de récession  dans laquelle  la majorité des entreprises adoptent un comportement passif « d’attente de  bons  de  commandes ». Il semblerait néanmoins   que le business vert ait  bien démarré aux Etats-Unis. Il faut cependant  avoir à l’esprit que les activités liées à l’environnement, présentent un caractère diffus, sans nécessité directe pour le consommateur moyen encore  peu enclin à payer plus cher, et font pour la plupart l’objet de réglementations sujettes à  négociations   de type Copenhague  dont on ne saura  jamais  si les clauses sont bien  respectées. De plus elles sont conditionnées  à un flux d’innovations  issu de la recherche,  financé   par les budgets publics limités   ou des budgets  privés  qui  comportent un taux de risque élevé.

Si  aux contraintes évoquées ci-dessus on ajoute, l’impossibilité de canaliser les réserves monétaires internationales, le problème des retraites, une interdépendance complexe, multipolaire,  globalisée et en opposition,   ainsi que   la crainte d’avoir la responsabilité de l’éclatement de  futures bulles  on comprend aisément le  doute  qu’on peut éprouver à l’égard de tous ceux qui construisent sur le long terme  des scénarios interventionnistes. La situation de  l’Afrique qui connaît  un  niveau d’investissement Chinois  particulièrement  élevé  est-elle une exception ?   Pas vraiment,  il y a certes une vision à long terme mais les décisions d’attaquer les marchés africains ont pu être prises de manière simple par une institution  unitaire et centralisée. De plus  les espoirs de  gains relatifs aux matières premières ne  sont  guère  entachés  d’incertitude.

Voilà  pourquoi nous   qualifions  d’équilibristes ceux qui fondent leurs  espoirs  sur une coordination mondiale efficace en ignorant   le comportement,   des      «  ânes qui n’ont pas soif »,   sans assumer le fait que la mesure du risque est d’abord question de subjectivité collective.

En réalité les économies occidentales ressemblent  plus à des péniches qu’à des dériveurs.  Le délai  entre le coup de  barre  et  ses effets est long ; il en est de même pour la politique économique qui plus que jamais s’avère être un art particulièrement délicat.

Le contenu de cet article a été intégré dans l’essai « Le numérique, c’est l’économique » accessible par l’article : Le numérique, c’est l’économique, en tête du blog :    

https://www.theoreco.com/macroeconomie-mondialisation/le-numerique-cest-leconomique-683.html

Bernard Biedermann

Conjoncture et Décisions  2010

https://www.theoreco.com

 

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